Nu Skool
{le nouveau hip hop}
|
|
LITTLE JOHNNY
FROM THE HOSPITAL
(Rawkus, 1999)
|
Une chose est sûre : le successeur très attendu d'un Funcrusher Plus déjà mythique ne remettra pas en cause le statut d'icône underground de Company Flow. Alors que le trio n'avait plus qu'à continuer sur sa lancée pour imposer son rap sans concession à un large public, il nous revient avec un album plus sombre, barré et difficile d'accès que le précédent, et qui plus est totalement instrumental. Plus que jamais "Independent as Fuck", Company Flow se débarrassera donc difficilement de ses nombreux détracteurs.
Des critiques malveillants auront beau jeu d'ironiser sur cette démarche radicale : en renonçant à la parole, Company Flow ferait selon eux de nécessité vertu. N'avait-on pas annoncé que le rappeur Bigg Jus, fâché avec les deux autres, menaçait de quitter le navire ? El P, le producteur, et Mr Len, le DJ, ne chercheraient-ils pas, par cette option instrumentale et expérimentale, à masquer un singulier manque d'inspiration ? Et qu'est-ce que ce concept autour de Little Johnny, personnage fait de bric et de broc censé représenter l'état de délabrement supposé des Etats-Unis ?
Finalement, le meilleur moyen de mettre fin à ces spéculations est de s'immerger dans ce nouvel album, sans craindre, comme pour son prédécesseur, d'être un moment refroidi. Et de constater, au bout du compte, que Company Flow n'a rien perdu de sa capacité à instaurer des ambiances sombres et inquiétantes, dignes des plus grands compositeurs de BO, sans pour autant s'éterniser dans des morceaux interminables. El P et Mr Len, en effet, n'abandonnent jamais le format court, apportant à l'ensemble de leurs instrumentaux la concision et la cohérence des meilleurs raps, des meilleures chansons.
Pour autant, leur son a évolué : il s'éloigne de plus en plus des territoires rap familiers. Car jamais Little Johnny ne ressemble aux formes usuelles du hip hop instrumental : les compositions grand écran de DJ Shadow ou la langueur mélancolique du trip hop. La facilité du duo à mettre en scène ses nombreuses trouvailles sonores rappellerait presque les expériences des adeptes de jungle ou d'electronica les plus dérangés. Une façon de confirmer, finalement, que Company Flow est bien le groupe ouvert et décomplexé qu'il manquait au rap.
Artiste : Company Flow
Scène : New York
Extrait : Giga Pet Epiphany
Durée : 60'37"
| |
Cote NuSkool : 8/10
|
Suzy pulled a Pistol on Henry
|
|
La seule piste de Little Johnny dotée de parole est également la plus controversée. Sur un fond de guitares samplées particulièrement hostiles, un dialogue met en scène la façon expéditive avec laquelle une fillette se défend des assauts d'un pédophile.
|
|
Une des perles de l'album. Sur le fond continu d'un riff de guitare lent et concis s'entremèlent (en filigrane, comme toujours chez CoFlow) quelques sons synthétiques, un orgue, et de superbes cuivres.
|
|
Le sommet de l'album aux côtés de "Worker Ant Uprise". Malgré quelques scratches bien sentis et le rythme heurté qui s'étire tout du long, ce titre fait subir les pires outrages au hip hop. C'en est une version sale, industrielle et plus sombre que jamais que le duo nous offre ici. Jouissif.
|
|
C'est une fin impressionnante qui attend notre Little Johnny. Company Flow flirte une nouvelle fois avec le rock par l'emploi de guitares apocalyptiques accompagnées de "haaa !" masculins, qui expriment, au choix, la joie, la peur ou le dégoût.
|
|