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CRITICAL BEATDOWN
(Next Plateau, 1988)

Difficile d'ignorer l'immense influence que les Ultramagnetic MCs ont conservé, des années après leur séparation. Pas seulement parce que leur membre le plus fantasque, "Kool" Keith Thornton, s'est offert une seconde jeunesse avec le projet Dr Octagon et ceux qui ont suivi. Pas non plus parce que des artistes anglais aussi divers que Prodigy ou les Freestylers n'ont de cesse de recycler leurs idées et ne jurent que par eux. Mais aussi parce qu'en 1988, déjà, ils inauguraient une toute nouvelle approche du rap, et signaient avec Critical Beatdown, curieusement sorti sur un label disco, l'un des joyaux du rap old school.

A première écoute, Critical Beatdown fait dans un rap old school des plus classiques. Des rappers excités se livrent à leurs prouesses lyriques sur une rythmique relativement rapide et des gimmicks minimaux et funky. Très funky. Pourtant, contrairement à nombre d'oeuvres de la même époque, et malgré le pillage en règle dont il a fait l'objet, cet album a très étonnamment conservé toute son urgence et sa fraîcheur, et ne montre quasiment aucun signe de vieillissement.

C'est qu'à l'époque, Critical Beatdown annonçait les évolutions futures du hip hop et des autres pans de la DJ culture, avant tout par l'utilisation systématique du sampler, devenu un instrument à part entière, mais aussi par le rôle éminent de l'un de ses membres à la production. Car même si Kool Keith lui vole la vedette, Ced Gee est le premier responsable du son exceptionnel de Critical Beatdown, poursuivant le travail qu'il avait mené dans l'ombre sur Criminal Minded, classique d'entre les classiques de Boogie Down Productions.

Tout le long de 15 morceaux tous irréprochables, Critical Beatdown multiplie les audaces. Les paroles particulièrement délirantes et allumées qui sont la marque de fabrique de Kool Keith, s'accompagnent d'effets de style audacieux : ruptures des morceaux en leur milieu, irruption soudaine d'une batterie folle ou de samples inédits. Sans oublier quelques clins d'œil bienvenus aux autres formations rap : le beat de "Ease Back", le second morceau, est celui du "Terminator X to the Edge of Panic" de Public Enemy. Les deux morceaux sont sortis en même temps : qui a copié l'autre ?

Artistes : Ultramagnetic MC's
Scènes : New York
Durée : 47'17"

Critical Beatdown

Cote NuSkool : 8,5/10

Watch me Now
"Watch me now, feel the groove, watch me now, I'm gonna make you move", construit autour de ce slogan fédérateur et du gimmick torridement funky le plus entraînant qui soit, le titre introductif est aussi le plus immédiat.

Travelling at the
Speed of Thought
L'autre morceau le plus accrocheur de l'album, grâce à une recette coutumière des rappeurs de l'époque : l'utilisation sans vergogne d'un riff rock des plus évidents, apparemment sorti du "Wild Thing" des Troggs.

Feelin' it
L'un des sommets de l'album. Sur un beat particulièrement dérangé, Kool Keith et Ced Gee rappent à tour de rôle, interrompus au moment du refrain par un sample qui associe guitare folle et choeurs féminins.

Give the
Drummer Some
Le seul et unique morceau produit par un artiste extérieur au groupe, Paul C, sonne pourtant comme du Ultramagnetic MCs pur jus : direct et funky. C'est de ce titre qu'est issu un controversé "Change my pitch up, smack my bitch up" scandé par Kool Keith et promis à un bel avenir.

Ced-Gee
(Delta Force On)
L'ultime morceau de cet album, interprété comme son nom l'indique par le seul Ced Gee, est curieusement le plus calme de l'album. Sur un fond musical qui, outre quelques scratches bien sentis, tient plus d'une ambiance apaisée que d'un défoulement rythmique, les Ultramagnetic MCs inventent le rap des 90's.