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QUELQUES LIEUX COMMUNS

L’explosion du hip hop auprès du grand public a facilité la prolifération d’idées reçues sur le genre. Ses détracteurs tout comme ses défenseurs ont souvent cédé à la tentation d’un catalogage tout aussi rapide que commode, aidés en cela par le rap caricatural et surproduit qui a envahi les ondes ces dernières années. Morceaux choisis :


La violence, le matérialisme, le racisme et la misogynie sont consubstantiels au rap.

Faux. Dès le début des années 80, les premiers rap à message sont au contraire extrêmement moralisateurs : ils exaltent l’esprit de communauté et dénoncent les drogues. Petit à petit, cependant, les propos des rappeurs gagnent en virulence, jusqu’à donner dans un discours politique, inspiré par la rhétorique «black power» des années 60. La violence, voire le racisme, apparaissent : un membre de Public Enemy, collectif phare de ce rap politique, est par exemple éjecté pour cause d’antisémitisme. Cependant, de tels débordements exceptés, ces coups de colère demeurent dans l’ensemble pertinents, légitimes et raisonnés.

Tout change avec le gangsta rap du début des 90’s, où l’injure et la violence gratuite deviennent la norme, même chez des rappeurs talentueux. Mais personne ne doit oublier qu’à l’époque, les chefs d’oeuvre du rap sont signés par les Native Tongues (De la Soul, A Tribe Called Quest, Jungle Brothers...), Gang Starr ou Digital Underground, tous à mille lieux de tels excès. Tout au long des années suivantes, cette veine sera conservée jusqu’à l’émergence du rap indépendant, toujours virulent mais férocement hostile aux débordements du passé.


Le rap est davantage un art de la parole qu’une musique.

Partiellement faux. L’aspect envahissant du phrasé rap et le minimalisme de l’accompagnement musical donnent l’impression que les paroles sont le coeur du hip hop. Il est vrai que la plupart des rappeurs sont jugés sur leur habileté à jongler avec les mots et les sonorités et sur leurs talents de conteur, au point que certains ont exaltés leurs qualités poétiques. C’est souvent exagéré : sans accompagnement musical, nombre de paroles rap tombent à plat.

Malheureusement éclipsés par des MCs propulsés au rang de star, les DJs et producteurs hip hop se contentent rarement d’aligner des beats. Au contraire, les meilleurs d’entre eux déploient bien souvent un travail de titan sur la production, les basses, les samples, qui enrichissent la voix et le phrasé des MCs. Comme pour les musiques électroniques, l’aspect simple et répétitif de l’ensemble n’exclut pas une réelle musicalité. Simplicité n’est pas simplisme.


Le rap est l’ultime avatar des musiques noires, et s’accommode difficilement d’interprètes blancs.

Discutable. Certes, les principaux acteurs du mouvement hip hop ont toujours été des afro-américains, fortement inspirés par les musiques de leurs prédécesseurs, jazz, soul, rhythm’n blues et funk. A l’inverse, la plupart des blancs qui se sont accaparés le genre l’ont changé en autre chose, en trip hop par exemple, de la même façon que les Rolling Stones ont transformé le blues en rock’n roll.

Quelques blancs, cependant (Beastie Boys, 3rd Bass...), ont gagné leur place dans le panthéon du genre. Et d’autres, plus récemment, ont été reconnus par leurs pairs noirs (Eminem, the High & Mighty...). D’autres communautés, aussi (hispaniques, jeunes européens issus de l’immigration) se sont identifiées à la condition des afro-américains et ont apporté leur pierre à l’édifice hip hop.


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Le Rap Français

Le rap français d’aujourd’hui atteint, sinon dépasse, le niveau du rap américain.

Absurde. Seule l’étouffante industrie musicale française et ses adjuvants médiatiques osent soutenir une telle ineptie. Et tirer ainsi le meilleur profit des quotas de musique francophone imposés aux radios. Si la France est bien le second marché rap mondial en quantité, la qualité est souvent bien loin d’être au rendez-vous.

Seules quelques grosses pointures du niveau d’IAM ou d’Assassin atteignent par moment le niveau des meilleurs rappeurs internationaux. Le reste de la scène française se partage entre une intelligentsia variété-rap d’une vacuité rare et quelques artistes underground naïfs trop respectueux de leurs modèles américains.


En France, le rap est la musique des cités de banlieue

Partiellement vrai, mais depuis moins longtemps qu'on ne le croit. Comme la plupart des musiques anglo-saxonnes, le rap a été introduit en France par de jeunes bourgeois, avant de trouver un terrain favorable dans des milieux moins favorisés.

Les premiers adeptes français du hip hop, bien informés des nouveautés américaines, viennent certes de la banlieue de Paris, mais de l’ouest, des beaux quartiers. Nombre de tags parisiens sont signés dans les 80’s par de jeunes gens de bonnes familles. Quelques enclaves rap apparaissent toutefois dans les cités, à St Denis, par exemple, la connexion entre les deux milieux s’établissant aux Halle ou à la Défense.

La généralisation du rap aux banlieues ne s’accomplit réellement qu’au début des années 90. A Marseille, l’histoire est différente : le hip hop a naturellement intégré une scène musicale traditionnellement beaucoup plus friande de rythmes noirs et groovy que de rock.